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Dans les villes grises / In the grey cities

  • Intra-utérin / Intrauterine

    FRANÇAIS

    Les collégiens de la rue Maizières retrouvent leurs parents et les rues sont chargées de voitures, pleine de vies, comme des veines parcourues par un sang chaud et riche. Je n'entends rien de précis autour de moi qu'un brouhaha reposant, intra-utérin. Par les fenêtres de l'établissement l'on voit des salles de classe, vides mais encore éclairées, et qu'on imagine encore chaudes des corps des élèves. Je m'immerge dans la vie des autres, de ceux qui vivent là, ce ceux qui vivent tout court, et j'imagine leurs existences, je les rêve lentes, répétitives, somnolentes et douces, infiniment banales et rassurantes.

    ENGLISH

    The middle school students on Rue Maizières reunite with their parents, and the streets are filled with cars, full of life, like veins coursing with warm, rich blood. I hear nothing specific around me but a soothing, intrauterine hubbub. Through the windows of the school, I can see classrooms, empty but still lit, which I imagine are still warm from the bodies of the students. I immerse myself in the lives of others, those who live there, those who simply live, and I imagine their existences, dreaming them to be slow, repetitive, sleepy and gentle, infinitely normal and reassuring.

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  • Ville intérieure / Inner city

    FRANÇAIS

    Je flirte dans une cage d'escalier avec N. et nous descendons dans un bar / boîte de nuit au sous-sol de l'immeuble dans lequel nous nous trouvons. Il fait agréablement sombre, avec des éclairages artificiels, une ambiance élégante, urbaine. Je réalise ensuite que cet immeuble contient d'autres lieux publics, des commerces, etc. Il est une véritable ville intérieure.

    ENGLISH

    I flirt in a stairwell with N. and we go down to a bar / nightclub in the basement of the building we're in. It's pleasantly dark, with artificial lighting, an elegant, urban ambience. Then I realize that this building contains other public places, shops and so on. It's a veritable inner city.

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  • Trajets de nuit / Night routes

    FRANÇAIS

    J'ai eu pendant quelques mois, vers trente ans, une curieuse habitude, née de l'angoisse, de l'insomnie et de la solitude ; celle de faire de nombreux trajets en voiture, de nuit, roulant au hasard dans la campagne, avec une destination choisie au hasard mais toujours lointaine et encore inconnue, dans le but très précis de me sentir perdu, de me sentir loin, de me sentir au milieu de nulle part, seul, dans l'obscurité et la lumière froide de la lune, roulant vers un lieu où personne ne m'attendait et où je n'avais rien à faire. 

    Maintenant que j'y pense, peut-être était-ce une façon d'acter ce qui était ma situation dans la vie en général, et en quelque sorte de le mimer : être seul, être perdu, être dans le noir. Avancer vers un but inconnu et hasardeux, dont je savais par avance que je n'y trouverais rien.

    ENGLISH

    For a few months, when I was about thirty years old, I had a curious habit, born from anxiety, insomnia and loneliness; that of making many trips by car, at night, driving at random in the countryside, with a destination chosen at random but always far away and still unknown, with the very precise aim of feeling lost, of feeling far away, of feeling in the middle of nowhere, alone, in the darkness and the cold light of the moon, driving towards a place where nobody was waiting for me and where I had nothing to do.

    Now that I think about it, maybe it was a way to act out what was my situation in life in general, and in a way to mimic it: being alone, being lost, being in the dark. Moving towards an unknown and hazardous goal, which I knew in advance I would not find.

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  • Voyeur (3)

    FRANÇAIS

    Balade dans les rues, la nuit, à Nancy. Des maisons anciennes, des grilles, des massifs de fleurs. Devant l'une de ces maisons je m'arrête et regarde Florence – censée y habiter – par la fenêtre, ou à travers la grille quand elle est dans son jardin). Je sais qu'elle sait que je l'épie. Je ne fais rien pour me cacher, et ne la salue pas non plus. Elle-même ne vient pas à moi. Ces moments où je l'épie semble faire partie de notre relation ; de ses non-dits.

    ENGLISH

    A stroll through the streets of Nancy at night. Old houses, iron gates, flower beds. In front of one of these houses, I stop and watch Florence – who is supposed to live there – through the window, or through the gate when she’s in her garden. I know she knows I’m watching her. I make no effort to hide, nor do I greet her. She doesn’t come to me either. These moments when I watch her seem to be part of our relationship; part of what remains unsaid.

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  • Méry-sur-Seine

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  • Brabois

    FRANÇAIS

    Il y eut un certain nombre de nuits où, ne supportant plus le silence, je m'habillais pour marcher jusqu'à la rue du Vivarais, où un ami avait mis son studio à ma disposition. Il régnait en permanence chez lui une odeur de poubelles en décomposition, de sueur et de jeunesse gâchée, passée dans la solitude. Retrouver cette odeur, visite après visite, était pour moi une hantise. Mais je venais pour y passer des moments secrets et clandestins, alors même que personne n'était à ma recherche ; des nuits d'alcool et de mauvais sommeil. Je hantais les salons de discussion à la recherche de quelqu'un, de n'importe qui, à qui parler, jusqu'à l'heure où il me fallait baisser les stores et dormir si je voulais échapper au spectacle de l'aube.

    La montée vers Brabois était sinueuse et raide comme un chemin de pèlerinage. Elle était interminable. Je l'empruntais guidé par cette croix immense et illuminée qui émerge des arbres, indiquant, perdue dans l'obscurité d'un parc, la chapelle Notre-Dame des Pauvres. En face de ce parc dormait dans l'ombre une grande école. Je la longeais, fasciné à chaque fois, sans savoir exactement pourquoi, imaginant des dortoirs obscurs et silencieux, des salles de bain glaciales. Un internat pour fantômes.

    ENGLISH

    There were a number of nights when, unable to bear the silence any longer, I would get dressed and walk to Rue du Vivarais, where a friend had let me use his studio. His place always smelled of rotting garbage, sweat, and wasted youth spent in solitude. That smell haunted me, visit after visit. But I came to spend secret, clandestine hours there – even though no one was actually looking for me; nights of alcohol and restless sleep. I haunted chat rooms, searching for someone – anyone – to talk to, until the moment came when I had to lower the blinds and sleep, if only to avoid witnessing the dawn.

    The climb toward Brabois was steep and winding, like a path of pilgrimage. It felt endless. I followed it, guided by that huge illuminated cross rising from the trees, marking – lost in the darkness of a park – the Chapel of Our Lady of the Poor. Opposite the park, a large school slumbered in the shadows. I would walk past it, fascinated every time, without knowing exactly why, imagining dark and silent dormitories, icy bathrooms. A boarding school for ghosts.

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  • Vieille femme aveugle / Blind old woman

    FRANÇAIS

    Au fond des jardins agonisants, il y a de vieilles maisons dont j'essaie, d'un coup d’œil furtif quand je les longe, de deviner ce que cachent plus qu'elles ne révèlent leurs fenêtres ternes, voilées comme des yeux de vieille femme aveugle. Je distingue à peine un cadre, une lampe. J’essaie d’imaginer quelle vie silencieuse et lente, répétitive, dans une demi-conscience et une demi-pénombre, peut y prendre place. Et ce que j’imagine m’attire sans que je ne sache pourquoi.

    ENGLISH

    At the bottom of the dying gardens, there are old houses whose dull windows, veiled like the eyes of a blind old woman, I try to guess – with a furtive glance as I walk past – what they hide more than what they reveal. I can barely make out a frame, a lamp. I try to imagine what silent, slow, repetitive life, lived in a half-consciousness and a half-gloom, might unfold there. And what I imagine draws me in without my knowing why.

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  • Séparation complète / Complete separation (1998)

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    FRANÇAIS

    Une boîte quelconque. Je suis assis à une longue table, au milieu d'inconnus indifférents, seuls et silencieux pour certains eux aussi. Les gens de mon âge qui dansent et poussent des cris, la musique assourdissante, les corps inaccessibles, le décalage et la séparation complète que je ressens entre les autres et moi, pour la première fois de ma vie, ne me font pas souffrir. Laetitia rentre avec moi, à l'improviste, et nous buvons des bières, moi sur le lit, elle assise à même le sol, éclairés par ma seule lampe de chevet. Elle monologue. Elle m'avoue une tentative de suicide dans son adolescence ainsi que de nombreux autres secrets heureux ou douloureux. Mais je ne l'écoute pas, et je la prends en photo.

    ENGLISH

    Some random club. I’m sitting at a long table, surrounded by indifferent strangers – some of them silent and alone too. People my age are dancing and shouting, the music is deafening, their bodies out of reach. And yet, for the first time in my life, the disconnect, the complete separation I feel between them and me doesn’t hurt. Laetitia comes home with me, unexpectedly, and we drink beers – me on the bed, her sitting directly on the floor, lit only by my bedside lamp. She monologues. She confesses a suicide attempt in her teenage years, along with many other happy or painful secrets. But I’m not listening. I’m taking her picture.

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  • Eau bénite / Holy water

    FRANÇAIS

    Je suis dans une sorte de collège, à l'ancienne – ça ressemble à Saint-Antoine mais en plus vieillot. J'y suis avec ma collègue M. et nous finissons je ne sais comment par assister à une messe, qui se tient directement dans un couloir. Il y a peu de place et nous devons la suivre assez à l'écart, sans la voir (le couloir fait un L) et sommes assis sur des bancs de bois. Nous nous levons pour nous rapprocher quand les prêtres, ou peut-être un diacre, asperge les fidèles d'eau bénite, dans toutes les directions.

    ENGLISH

    I'm in some sort of old-fashioned collège – it resembles Saint-Antoine but even more antiquated. I'm there with my colleague M., and somehow we end up attending a mass, which is being held directly in a hallway. There's little room, and we have to follow the service from a distance, without seeing it (the hallway forms an L), seated on wooden benches. We stand up to move closer when the priests – or perhaps a deacon – sprinkle holy water in all directions, over the faithful.

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  • Oudinot

    FRANÇAIS

    Immeubles Art Déco aux couleurs douces, pastel. On dirait des bonbons ou des pâtisseries. Par les fenêtres on peut voir des luminaires sphériques à la lumière faible et chaude. Un monde entier de douceur, de formes féminines. Les portes en fer forgé, ouvragées comme de la dentelle sur un déshabillé. Un univers de femmes. Je pense à ma grand-mère, à l'immeuble Art Déco dans lequel elle vivait seule et qu'elle avait réussi à remplir de bibelots et d'objets entassés au point que l'on ne pouvait plus y marcher qu'à travers d'étroits sentiers. À ses murs recouverts de reproductions de David Hamilton. À ma mère et ses quatre soeurs qui y avaient grandi. Là aussi, un univers de femmes.

    ENGLISH

    Art Deco buildings in soft, pastel hues – like candies or pastries. Through the windows, you can see spherical light fixtures casting a dim, warm glow. An entire world of softness, of feminine shapes. Wrought-iron doors, worked as delicately as lace on a slip. A universe of women. I think of my grandmother, of the Art Deco building where she lived alone, which she had managed to fill with trinkets and piled-up objects to the point that one could only move through it along narrow paths. Of her walls covered with reproductions of David Hamilton. Of my mother and her four sisters who had grown up there. There, too, a universe of women.

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  • Vivianne (1998)

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  • Printemps

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  • Tumeur / Tumor

    FRANÇAIS

    Vieux crépis. Gris, noirci par la pollution, l'humidité. Murs bruns, terreux.

    Portes métalliques. Halls d'entrée obscurs, carrelage qui résonne. Métal, pierre, froid.

    Aux alentours de la rue de Rome : odeurs de graillon, de nourriture grasse, de friture. Souvenirs d'enfance réconfortants. Le take away asiatique rue de Mon-Désert.

    Vieux rideaux qui semblent opaques à force de crasse, de vieillesse. Lourds et qui m'évoquent ceux de la classe d'école quand j'étais enfant.

    La crasse et la grisaille des immeubles me font penser à Dark Water que j'avais vu à sa sortie, à l'UGC ou je ne sais où, et cette infiltration d'eau envahissante, angoissante, comme une tumeur psychique qui envahit peu à peu la vie quotidienne.

    ENGLISH

    Old plaster. Gray, blackened by pollution and humidity. Brown, earthy walls.

    Metal doors. Dark entryways, echoing tile floors. Metal, stone, cold.

    Around Rue de Rome: smells of grease, fatty food, frying. Comforting childhood memories. The Asian takeaway on Rue de Mon-Désert.

    Old curtains that seem opaque with grime and age. Heavy and that remind me of those in my school classroom when I was a child.

    The grime and grayness of the buildings remind me of Dark Water, which I saw when it came out, at the UGC theater or somewhere, and that invasive, frightening water infiltration, like a psychic tumor that gradually invades everyday life.

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  • Brussels by Night

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  • La mer / The sea (1996)

    FRANÇAIS

    Seul dans mon studio, la nuit, comme au cours d'innombrables autres nuits qui dans mon esprit n'en forment qu'une seule et qui est interminable, je regarde à la télévision une femme aveugle. Elle est filmée de face, dans une chambre vide, et dans la pénombre. Elle sourit sans qu'on sache à qui ou à quoi ; elle parle de son amour de la mer, de ses rêves qui se passent au bord de la mer.

    ENGLISH

    Alone in my studio, at night, as in countless other nights that in my mind form a single, interminable night, I watch a blind woman on television. She's filmed from the front, in an empty room, in half-light. She's smiling, but we don't know who or what she's smiling at; she's talking about her love of the sea, about her dreams that take place by the sea.

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  • Vrai visage / True face

    FRANÇAIS

    Elle et moi marchons de nuit, à peu près seuls dans les rues. La place Stanislas est entièrement et étrangement vide, silencieuse. L'éclairage jaunâtre qui baigne tout m'évoque la maladie, la vieillesse et la mort ; elle est le vrai visage de Nancy, une fois les touristes envolés et les lumières des cafés éteintes. À l'angle de la rue Vaudémont et de la rue des Maréchaux : un immeuble d'un jaune vif, étrangement oriental avec ses fenêtres étroites et voutées. Une seule d'entre elles, au tout dernier étage, laisse voir de la lumière. Qui vit ici ? Elle me reproche de ne pas être réellement avec elle ; de me promener seul, à côté d'elle. C'est la très exacte vérité. Plus tard dans la soirée je la photographie, qui marche loin devant moi, ayant renoncé à vivre ce moment ensemble ; et c'est comme si je documentais par avance ce que seront sa vie et la mienne dans quelques mois.

    ENGLISH

    She and I walk at night, more or less alone in the streets. Place Stanislas is entirely – and strangely – empty, silent. The yellowish light that bathes everything makes me think of illness, old age, and death; it is the true face of Nancy, once the tourists have gone and the café lights have been turned off. At the corner of Rue Vaudémont and Rue des Maréchaux stands a building of vivid yellow, strangely oriental, with its narrow, arched windows. Only one of them, on the very top floor, shows any light. Who lives here? She reproaches me for not truly being with her – for walking alone, beside her. It is the exact truth. Later that evening, I photograph her as she walks far ahead of me, having given up on living this moment together; and it is as though I were documenting in advance what her life and mine will be in a few months’ time.

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  • Ruines

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  • Euthanasie / Euthanasia

    FRANÇAIS

    Je vois un trajet sur des routes et des voies rapides, à travers le pare-brise, comme si je regardais un film. Ça ressemble autant à Nancy (et Lunéville) que Strasbourg ou Sarrebrück. Je suis ensuite dans mon appartement d'étudiant à Nancy. Je croise une voisine, qui a le visage totalement déformé par la maladie, monstrueux, comme celui de cette femme qui avait publiquement demandé au Président de pouvoir être euthanasiée.

    ENGLISH

    I see a journey along roads and highways, through the windshield, as if I were watching a movie. It looks as much like Nancy (and Lunéville) as it does Strasbourg or Saarbrücken. Then I'm in my student apartment in Nancy. I run into a neighbor whose face is completely disfigured by illness, monstrous – like that woman who publicly asked the President for the right to be euthanized.

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  • Crépis sale / Dirty stucco

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    FRANÇAIS

    Les façades noircies, les gouttières rouillées, les fenêtres rendues opaques par la crasse et le temps ; tout un monde de souillure qui m'affole, me met dans un état d'excitation presque érotique. Ma propre décomposition intérieure, explorable, sous la forme d'une ville.

    ENGLISH

    The blackened façades, the rusted gutters, the windows made opaque by grime and time; a whole world of filth that overwhelms me, puts me in a state of almost erotic excitement. My own inner decay, made tangible, explorable – in the form of a city.

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  • La vieille (1999) / The old woman (1999)

    FRANÇAIS

    Lydie et moi nous promenons dans le quartier paisible, endormi, qui surplombe le cimetière de Préville, et où le très beau et le très laid se côtoient d'une façon bizarrement harmonieuse, évidente. Des rues tortueuses et pentues. Quelques maisons Art Nouveau. Un parc. Tout cela est réconfortant, reposant. En rentrant je croise, juste devant mon immeuble, une vieille femme qui titube, la main sur la bouche. Nos yeux se rencontrent et je suis paralysé quelques instants par son regard halluciné, où se lit une horreur inexprimable et qui se communique immédiatement à moi, mais dont je ne comprends pas la raison. Comme dans l'un de ces rêves où l'on fuit en étant persuadé que chaque pas pèsera mille tonnes et que l'on échappera finalement pas au danger, je me vois franchir les quelques mètres qui me séparent de mon immeuble, et me réfugie à l'intérieur, presque tremblant ; je vois en refermant la porte qu'elle s'est retournée me regarde toujours, elle aussi, dans la même posture.

    ENGLISH

    Lydie and I walk through the peaceful, sleepy neighborhood overlooking the Préville cemetery, where the very beautiful and the very ugly strangely coexist in an obvious harmony. Winding, steep streets. A few Art Nouveau houses. A park. All of it is comforting, calming. On the way back, right in front of my building, I cross paths with an old woman who staggers, her hand over her mouth. Our eyes meet, and I am frozen for a few moments by her hallucinatory gaze, in which an unspeakable horror is written and immediately transmitted to me, though I don’t understand why. Like in one of those dreams where you run convinced that every step weighs a thousand tons and you will inevitably be caught by danger, I see myself crossing the few meters to my building and taking refuge inside, almost trembling; as I close the door, I see that she has turned around and is still watching me, in the same posture.

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  • Rue Drouin

    FRANÇAIS

    Je marche à la tombée de la nuit, aux abords de la rue Drouin. C'est l'hiver. Tout semble cotonneux, au ralenti. Je croise une sortie d'école. Quelques enfants et leurs parents, peu nombreux. Les couleurs chaudes, dans le bâtiment, dont la porte est ouverte, sont attirantes, comme une invitation à rentrer à la maison, à retomber en enfance.

    ENGLISH

    I walk at dusk, near Drouin Street. It's winter. Everything seems cottony, in slow motion. I pass a school gate. A few children and their parents, not many. The warm colors inside the building, whose door is open, are inviting, like an invitation to go home, to return to childhood.

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  • Refuges supplémentaires

    FRANÇAIS

    J'ai un grand et vieil appartement avec un nombre de pièces indéterminé mais élevé ; j'en visite plusieurs, notamment une vaste chambre où j'ai un meuble encombré de vieux jouets, que je compte déplacer (les jouets) plus loin dans la pièce, sur le dessus d'un lit en mezzanine. Je regarde également mes murs, blancs, vides pour la plupart, en me disant que je pourrais y coller plus de meubles, ou des affiches, des photos, etc. Ensuite Emmanuelle (il me semble) arrive et je réalise qu'elle possède une clé de l'appartement que moi je n'ai pas ; elle a dû l'avoir lorsqu'on a emménagé et qu'on s'est réparti les clés, sans faire attention au fait que celle-ci était unique. On réalise que cette clé est celle d'une porte, sur le palier, qui permet d'accéder à une autre partie de l'immeuble, via une pièce décorée comme une salle à manger ou un salon (ancien, vieillot) où je n'ai jamais mis les pieds mais dont Emmanuelle me dit qu'il sert de passage, précisément, aux habitants de l'immeuble, comme une sorte de raccourci. Mais nous réalisons que cette pièce est en fait à nous, fait partie de notre, de mon appartement. Il y a même une autre pièce encore après celle-ci. Je vais encore pouvoir m'étendre, pouvoir vivre encore d'autres vies, d'autres moments, dans ces pièces, j'ai encore des refuges supplémentaires.

    ENGLISH

    I have a large, old apartment with an undetermined but high number of rooms. I walk through several of them, including a spacious bedroom where I have a piece of furniture cluttered with old toys, which I plan to move further into the room, onto the top of a loft bed. I also look at my walls – mostly bare and white – thinking I could fill them with more furniture, or posters, photos, and so on. Then Emmanuelle (I believe it's her) arrives, and I realize she has a key to the apartment that I don't have. She must have gotten it when we first moved in and divided up the keys, not realizing that this one was unique. We figure out that this key opens a door on the landing that leads to another part of the building – through a room decorated like an old-fashioned dining or sitting room, a place I've never stepped foot in but which Emmanuelle says is used by the building's residents as a kind of shortcut. But then we realize that this room actually belongs to us – it's part of our apartment, my apartment. There's even another room beyond it. I’ll be able to expand again, to live other lives, other moments, in these rooms. I have more hidden refuges.

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  • Petite ville endormie / Sleepy little town

    FRANÇAIS

    Pourquoi ai-je une fascination et même une obsession pour les vieilles rues, au petit matin ou au crépuscule ? Pour les petites villes oubliées, délabrées, comme Blâmont, Saint-Mihiel, Plombières  J'aime aussi les vieilles villes agréables et bien conservées dans leur jus, comme Vichy, où une balade dans les rues donne l'impression de faire un voyage dans le temps – mais les villes décrépies, où le passage et l'usure du temps sont bien visibles et tangibles, ont encore quelque chose de plus.

    J'ai toujours eu le fantasme de m'installer dans une nouvelle ville, d'y arriver au petit matin ou au soir, peu importe, mais à la faveur de l'obscurité et du silence. Être un étranger. Un nouvel arrivant – mais dans un nouvel environnement qui ne serait pas agressif ou trépidant. La petite ville endormie est une image de La Ville Natale, toujours synonyme de sommeil, de nuit, de repos, de vie au ralenti. Que signifie alors ce désir ? Celui d'une nouvelle vie ? D'une renaissance ?

    ENGLISH

    Why am I fascinated, even obsessed, by old streets in the early morning or at dusk? By forgotten, dilapidated little towns like Blâmont, Saint-Mihiel, Plombières  I also like old towns that are pleasant and well preserved in their original state, like Vichy, where a stroll through the streets feels like a journey back in time – but decaying towns, where the passage and wear of time are clearly visible and tangible, have something more.

    I've always fantasized about moving to a new town, arriving in the early morning or evening, it doesn't matter, but under cover of darkness and silence. Being a stranger. A newcomer – but in a new environment that is not aggressive or hectic. The sleepy little town is an image of The Hometown, always synonymous with sleep, night, rest, life in slow motion. So what does this desire mean? The desire for a new life? A rebirth?

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