
Dans les villes grises / In the grey cities
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Vivianne (1998)
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Luxeuil (2008)

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Printemps
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Tumeur / Tumor
FRANÇAIS
Vieux crépis. Gris, noirci par la pollution, l'humidité. Crépis bruns, terreux.
Portes métalliques. Halls d'entrées obscurs, carrelage qui résonne. Métal, pierre, froid.
Aux alentours de la rue de Rome : odeurs de graillon, de nourriture grasse, de friture. Souvenirs d'enfance réconfortants. Le take away asiatique rue de Mon-Désert.
Vieux rideaux qui semblent opaques à force de crasse, de vieillesse. Lourds rideaux qui m'évoquent ceux de la classe d'école quand j'étais enfant.
La crasse et la grisaille des immeubles me font penser à Dark Water que j'avais vu à sa sortie, à l'UGC ou je ne sais où, et cette infiltration d'eau envahissante, angoissante, comme une tumeur psychique qui envahit peu à peu la vie quotidienne.
ENGLISH
Old plaster. Gray, blackened by pollution and humidity. Brown, earthy plaster.
Metal doors. Dark entryways, echoing tile floors. Metal, stone, cold.
Around Rue de Rome: smells of grease, fatty food, frying. Comforting childhood memories. The Asian takeaway on Rue de Mon-Désert.
Old curtains that seem opaque with grime and age. Heavy curtains that remind me of those in my school classroom when I was a child.
The grime and grayness of the buildings remind me of Dark Water, which I saw when it came out, at the UGC theater or somewhere, and that invasive, frightening water infiltration, like a psychic tumor that gradually invades everyday life.
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Autoportrait / Self-portrait
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Brussels by Night
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La mer / The sea (1996)
FRANÇAIS
Seul dans mon studio, la nuit, comme au cours d'innombrables autres nuits qui dans mon esprit n'en forment qu'une seule et qui est interminable, je regarde à la télévision une femme aveugle. Elle est filmée de face, dans une chambre vide, et dans la pénombre. Elle sourit sans qu'on sache à qui ou à quoi ; elle parle de son amour de la mer, de ses rêves qui se passent au bord de la mer.
ENGLISH
Alone in my studio, at night, as in countless other nights that in my mind form a single, interminable night, I watch a blind woman on television. She's filmed from the front, in an empty room, in half-light. She's smiling, but we don't know who or what she's smiling at; she's talking about her love of the sea, about her dreams that take place by the sea.
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Profiteroles
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Vrai visage / True face
FRANÇAIS
Elle et moi marchons de nuit, à peu près seuls dans les rues. La place Stanislas est entièrement et étrangement vide, silencieuse. L'éclairage jaunâtre qui baigne tout m'évoque la maladie, la vieillesse et la mort ; elle est le vrai visage de Nancy, une fois les touristes envolés et les lumières des cafés éteintes. À l'angle de la rue Vaudémont et de la rue des Maréchaux : un immeuble d'un jaune vif, étrangement oriental avec ses fenêtres étroites et voutées. Une seule d'entre elles, au tout dernier étage, laisse voir de la lumière. Qui vit ici ? Elle me reproche de ne pas être réellement avec elle ; de me promener seul, à côté d'elle. C'est la très exacte vérité. Plus tard dans la soirée je la photographie, qui marche loin devant moi, ayant renoncé à vivre ce moment ensemble ; et c'est comme si je documentais par avance ce que seront sa vie et la mienne dans quelques mois.
ENGLISH
She and I walk at night, more or less alone in the streets. Place Stanislas is entirely – and strangely – empty, silent. The yellowish light that bathes everything makes me think of illness, old age, and death; it is the true face of Nancy, once the tourists have gone and the café lights have been turned off. At the corner of Rue Vaudémont and Rue des Maréchaux stands a building of vivid yellow, strangely oriental, with its narrow, arched windows. Only one of them, on the very top floor, shows any light. Who lives here? She reproaches me for not truly being with her – for walking alone, beside her. It is the exact truth. Later that evening, I photograph her as she walks far ahead of me, having given up on living this moment together; and it is as though I were documenting in advance what her life and mine will be in a few months’ time.
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Ruines



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Euthanasie / Euthanasia
FRANÇAIS
Je vois un trajet sur des routes et des voies rapides, à travers le pare-brise, comme si je regardais un film. Ça ressemble autant à Nancy (et Lunéville) que Strasbourg ou Sarrebrück. Je suis ensuite dans mon appartement d'étudiant à Nancy. Je croise une voisine, qui a le visage totalement déformé par la maladie, monstrueux, comme celui de cette femme qui avait publiquement demandé au Président de pouvoir être euthanasiée.
ENGLISH
I see a journey along roads and highways, through the windshield, as if I were watching a movie. It looks as much like Nancy (and Lunéville) as it does Strasbourg or Saarbrücken. Then I'm in my student apartment in Nancy. I run into a neighbor whose face is completely disfigured by illness, monstrous – like that woman who publicly asked the President for the right to be euthanized.
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Crépis sale / Dirty stucco

FRANÇAIS
Les façades noircies, les gouttières rouillées, les fenêtres rendues opaques par la crasse et le temps ; tout un monde de souillure qui m'affole, me met dans un état d'excitation presque érotique. Ma propre décomposition intérieure, explorable, sous la forme d'une ville.
ENGLISH
The blackened façades, the rusted gutters, the windows made opaque by grime and time; a whole world of filth that overwhelms me, puts me in a state of almost erotic excitement. My own inner decay, made tangible, explorable – in the form of a city.
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La vieille (1999) / The old woman (1999)
FRANÇAIS
Lydie et moi nous promenons dans le quartier paisible, endormi, qui surplombe le cimetière de Préville, et où le très beau et le très laid se côtoient d'une façon bizarrement harmonieuse, évidente. Des rues tortueuses et pentues. Quelques maisons Art Nouveau. Un parc. Tout cela est réconfortant, reposant. En rentrant je croise, juste devant mon immeuble, une vieille femme qui titube, la main sur la bouche. Nos yeux se rencontrent et je suis paralysé quelques instants par son regard halluciné, où se lit une horreur inexprimable et qui se communique immédiatement à moi, mais dont je ne comprends pas la raison. Comme dans l'un de ces rêves où l'on fuit en étant persuadé que chaque pas pèsera mille tonnes et que l'on échappera finalement pas au danger, je me vois franchir les quelques mètres qui me séparent de mon immeuble, et me réfugie à l'intérieur, presque tremblant ; je vois en refermant la porte qu'elle s'est retournée me regarde toujours, elle aussi, dans la même posture.
ENGLISH
Lydie and I walk through the peaceful, sleepy neighborhood overlooking the Préville cemetery, where the very beautiful and the very ugly strangely coexist in an obvious harmony. Winding, steep streets. A few Art Nouveau houses. A park. All of it is comforting, calming. On the way back, right in front of my building, I cross paths with an old woman who staggers, her hand over her mouth. Our eyes meet, and I am frozen for a few moments by her hallucinatory gaze, in which an unspeakable horror is written and immediately transmitted to me, though I don’t understand why. Like in one of those dreams where you run convinced that every step weighs a thousand tons and you will inevitably be caught by danger, I see myself crossing the few meters to my building and taking refuge inside, almost trembling; as I close the door, I see that she has turned around and is still watching me, in the same posture.
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Rue Drouin
FRANÇAIS
Je marche à la tombée de la nuit, aux abords de la rue Drouin. C'est l'hiver. Tout semble cotonneux, au ralenti. Je croise une sortie d'école. Quelques enfants et leurs parents, peu nombreux. Les couleurs chaudes, dans le bâtiment, dont la porte est ouverte, sont attirantes, comme une invitation à rentrer à la maison, à retomber en enfance.
ENGLISH
I walk at dusk, near Drouin Street. It's winter. Everything seems cottony, in slow motion. I pass a school gate. A few children and their parents, not many. The warm colors inside the building, whose door is open, are inviting, like an invitation to go home, to return to childhood.
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Refuges supplémentaires
FRANÇAIS
J'ai un grand et vieil appartement avec un nombre de pièces indéterminé mais élevé ; j'en visite plusieurs, notamment une vaste chambre où j'ai un meuble encombré de vieux jouets, que je compte déplacer (les jouets) plus loin dans la pièce, sur le dessus d'un lit en mezzanine. Je regarde également mes murs, blancs, vides pour la plupart, en me disant que je pourrais y coller plus de meubles, ou des affiches, des photos, etc. Ensuite Emmanuelle (il me semble) arrive et je réalise qu'elle possède une clé de l'appartement que moi je n'ai pas ; elle a dû l'avoir lorsqu'on a emménagé et qu'on s'est réparti les clés, sans faire attention au fait que celle-ci était unique. On réalise que cette clé est celle d'une porte, sur le palier, qui permet d'accéder à une autre partie de l'immeuble, via une pièce décorée comme une salle à manger ou un salon (ancien, vieillot) où je n'ai jamais mis les pieds mais dont Emmanuelle me dit qu'il sert de passage, précisément, aux habitants de l'immeuble, comme une sorte de raccourci. Mais nous réalisons que cette pièce est en fait à nous, fait partie de notre, de mon appartement. Il y a même une autre pièce encore après celle-ci. Je vais encore pouvoir m'étendre, pouvoir vivre encore d'autres vies, d'autres moments, dans ces pièces, j'ai encore des refuges supplémentaires.
ENGLISH
I have a large, old apartment with an undetermined but high number of rooms. I walk through several of them, including a spacious bedroom where I have a piece of furniture cluttered with old toys, which I plan to move further into the room, onto the top of a loft bed. I also look at my walls – mostly bare and white – thinking I could fill them with more furniture, or posters, photos, and so on. Then Emmanuelle (I believe it's her) arrives, and I realize she has a key to the apartment that I don't have. She must have gotten it when we first moved in and divided up the keys, not realizing that this one was unique. We figure out that this key opens a door on the landing that leads to another part of the building – through a room decorated like an old-fashioned dining or sitting room, a place I've never stepped foot in but which Emmanuelle says is used by the building's residents as a kind of shortcut. But then we realize that this room actually belongs to us – it's part of our apartment, my apartment. There's even another room beyond it. I’ll be able to expand again, to live other lives, other moments, in these rooms. I have more hidden refuges.
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Petite ville endormie / Sleepy little town
FRANÇAIS
Pourquoi ai-je une fascination et même une obsession pour les vieilles rues, au petit matin ou au crépuscule ? Pour les petites villes oubliées, délabrées, comme Blâmont, Saint-Mihiel, Plombières J'aime aussi les vieilles villes agréables et bien conservées dans leur jus, comme Vichy, où une balade dans les rues donne l'impression de faire un voyage dans le temps – mais les villes décrépies, où le passage et l'usure du temps sont bien visibles et tangibles, ont encore quelque chose de plus.
J'ai toujours eu le fantasme de m'installer dans une nouvelle ville, d'y arriver au petit matin ou au soir, peu importe, mais à la faveur de l'obscurité et du silence. Être un étranger. Un nouvel arrivant – mais dans un nouvel environnement qui ne serait pas agressif ou trépidant. La petite ville endormie est une image de La Ville Natale, toujours synonyme de sommeil, de nuit, de repos, de vie au ralenti. Que signifie alors ce désir ? Celui d'une nouvelle vie ? D'une renaissance ?
ENGLISH
Why am I fascinated, even obsessed, by old streets in the early morning or at dusk? By forgotten, dilapidated little towns like Blâmont, Saint-Mihiel, Plombières I also like old towns that are pleasant and well preserved in their original state, like Vichy, where a stroll through the streets feels like a journey back in time – but decaying towns, where the passage and wear of time are clearly visible and tangible, have something more.
I've always fantasized about moving to a new town, arriving in the early morning or evening, it doesn't matter, but under cover of darkness and silence. Being a stranger. A newcomer – but in a new environment that is not aggressive or hectic. The sleepy little town is an image of The Hometown, always synonymous with sleep, night, rest, life in slow motion. So what does this desire mean? The desire for a new life? A rebirth?
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Dans le miroir / In the mirror
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Est-on à l'intérieur ou à l'extérieur ? / Are we inside or outside ?
FRANÇAIS
Un parking aérien tout-à-fait banal mais qui m'a toujours fasciné, depuis la plus petite enfance. Ouvert aux quatre vent, dotés de fenêtres mais qui n'ont pas de vitres ; est-on à l'intérieur ou à l'extérieur ? Est-ce vraiment un bâtiment ou quelque chose qui en imite la forme ? Ses dimensions sont d'ailleurs étranges, on a l'impression vague et difficile à justifier de se trouver face à un parking aérien miniature, comme une sorte de maquette géante dans laquelle on pourrait se promener - et même se garer. Un pur décor. Pendant longtemps ce parking a accueilli la brocante annuelle de la ville. Dans ce paysage de béton et d'odeurs de vieille huile à moteur, des personnes âgées exposaient leurs meubles anciens, de la vaisselle en faïence, de l'attirail religieux, des bibelots vieillots en tout genre. Il y avait quelque chose de surréaliste, d'anormal et d'attirant, pour l'enfant que j'étais, dans cette juxtaposition ; comme si après une catastrophe totale, la ville entière était venue se réfugier et vivre, avec armes et bagages, dans cet décor de béton rappelant les hauts lieux de la vie moderne.
ENGLISH
A completely ordinary parking garage, but one that has always fascinated me, ever since I was a small child. Open to the elements, equipped with windows but no glass; are we inside or outside? Is it really a building or something that imitates its form? Its dimensions are strange, giving the vague and difficult-to-justify impression of being in front of a miniature parking garage, like a giant model that you could walk around in – and even park in. A pure backdrop. For a long time, this parking lot hosted the city's annual flea market. In this landscape of concrete and the smell of old motor oil, elderly people displayed their antique furniture, earthenware dishes, religious paraphernalia, and all kinds of old knickknacks. There was something surreal, abnormal, and appealing to the child I was in this juxtaposition, as if after a total catastrophe, the entire city had come to take refuge and live, with all their belongings, in this concrete setting reminiscent of the high places of modern life.
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Univers clos / Closed universe
FRANÇAIS
Je monte dans un autocar, pour une destination oubliée. Au bout de quelques minutes, je réalise que je n'ai pas de ticket ; je demande au chauffeur de s'arrêter à la prochaine gare, pour que je puisse régulariser ma situation. Il accepte. Je descends. La gare est sombre, vieille, crasseuse, et nulle part je ne trouve de borne automatique, ni d'ailleurs de guichets. Je m'énerve, parce que le car n'attend que moi, et marche à grandes enjambées dans des couloirs, des halls, des galeries commerciales, à la recherche d'une borne. Je finis dans un bistrot, aussi glauque que tout le reste, et, par une porte, me retrouve dans un couloir étroit, aux murs nus. Des portes mènent à des WC, d'autres, à des réduits minuscules et vides, mais dont je comprends qu'il s'agit de logements. Je veux ressortir, mais toutes les portes mènent à des WC ou des pièces vides, je tourne en rond, l'issue vers le bistrot a disparu.
ENGLISH
I get on a coach, heading to a forgotten destination. After a few minutes, I realize I don't have a ticket; I ask the driver to stop at the next station so I can settle the issue. He agrees. I get off. The station is dark, old, grimy, and I can’t find a single ticket machine, nor any counters for that matter. I start getting frustrated, because the coach is waiting only for me, and I stride through corridors, halls, shopping galleries, searching for a machine. I end up in a bar, just as seedy as everything else, and through a door, I find myself in a narrow corridor with bare walls. Some doors lead to toilets, others to tiny, empty closets that I understand to be living quarters. I want to get out, but all the doors lead to toilets or empty rooms – I go in circles, and the exit to the bar has vanished.
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1978
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Themroc
La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle-là qu'on en crève.
L.-F. Céline
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« Themroc est un film français réalisé par Claude Faraldo, sorti en mars 1973. Il met en scène la plupart des acteurs du Café de la Gare. Les dialogues se limitent à des grognements, des cris ou des hurlements. Malgré l'emploi de ce langage non articulé, les situations et le contexte font que tous les échanges sont parfaitement « intelligibles » et donnent au film un aspect cohérent. Themroc est un ouvrier vivant dans l'appartement d'un immeuble avec sa mère et sa sœur. Il doit se lever tous les matins pour aller pointer et travailler comme peintre en bâtiment. Un jour, en repeignant une fenêtre, il surprend son patron en train de flirter avec sa secrétaire. Alors qu'il est conduit chez le patron, il se révolte et s'enfuit. Il rentre chez lui, mure la porte de son appartement et abat le mur de façade. Ce cette grotte reconstituée, il pousse des hurlements sauvages et nargue les policiers tentant de le déloger. La rébellion gagne bientôt tout l'immeuble. Par la suite, Themroc a des rapports incestueux avec sa sœur, avant de séduire une jeune voisine. Il ne sort de sa tanière avec une échelle de corde que la nuit, pour aller chasser : il tuera notamment un policier qu'il dévorera. Pour reconstruire le mur de façade, les forces de l'ordre font appel à un maçon, mais celui-ci est rapidement acquis à la cause de Themroc. »
https://fr.wikipedia.org/wiki/Themroc
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Errance (2015) / Wandering (2015)
FRANÇAIS
Ces derniers mois je suis retourné plusieurs fois, de jour comme de nuit, sur les lieux de mes études à l'université, de ma vie d'étudiant... Une errance obsessionnelle, triste, angoissée, dans ces lieux de ma jeunesse devenus morts, silencieux, effrayants. Il n'y a littéralement rien à voir là-bas et pourtant j'y retourne encore et encore, avec dégoût, peut-être précisément pour éprouver ce dégoût, pour me convaincre qu'il n'y a plus rien à y voir, pour parvenir à intégrer ce fait une bonne fois, pour faire mon deuil, comme disent les cuistres. Ou peut-être est-ce l'inverse, peut-être ne traîné-je aucune nostalgie d'époques plus vivantes, plus riches en événements et en rencontres ; peut-être reviens-je sur ces lieux pour les voir enfin morts, enfin vides, débarrassés de tout le théâtre poussif que l'on nomme une vie. Dans leur vérité nue, la vérité du néant.
ENGLISH
These past months, I’ve returned several times – by day and by night – to the places where I studied, where I lived as a student… An obsessive, sad, anxious wandering through the sites of my youth, now dead, silent, frightening. There is literally nothing to see there, and yet I keep going back, again and again, with a kind of disgust – perhaps precisely to feel that disgust, to convince myself there is truly nothing left to see, to finally take that in, to grieve, as the pedants say.
Or maybe it’s the opposite. Maybe I don’t carry any nostalgia for livelier times, for days richer in events and encounters; maybe I return to these places to finally see them dead, truly empty, stripped of all the clumsy theater we call a life. To see them in their naked truth – the truth of nothingness.
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Grisaille
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Voyeur (2)
FRANÇAIS
J'habite un tout petit appartement ou studio, mais par un réseau d'escaliers, mon étage communique directement avec tous les autres appartements des étages, et je peux visiter les cuisines, les salons, les chambres. Il n'y a personne dans l'immeuble, tout est dans l'obscurité – je me sens bien, en intrus, en voyeur, en voleur potentiel.
ENGLISH
I live in a tiny apartment or studio, but through a network of staircases, my floor connects directly to all the other apartments in the building. I can wander through the kitchens, living rooms, bedrooms. There’s no one in the building – everything is dark. I feel good, like an intruder, a voyeur, a potential thief.
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Passager clandestin (2005) / Stowaway (2005)
FRANÇAIS
J'attends que quelqu'un entre ou sorte, et me faufile dès que possible entre deux étudiants sans âge, indifférents. Aucun gardien, aucune femme de ménage ne m'arrête ou ne vient exiger tous les trois pas que je justifie ma présence ici. Mais jusqu'au bout je marcherai dans ces couloirs avec le sentiment d'être un resquilleur, un passager clandestin voué à l'expulsion et aux plus sévères poursuites. Une odeur de peinture fraîche plane encore dans les couloirs silencieux, comme si l'on avait voulu, avant mon arrivée, masquer ce qui restait à masquer, effacer les traces même les plus misérables du passage ici de quelques personnes que j'ai aimées. Je ne croise personne. J'ai oublié les numéros des chambres. Je ne retrouve pas la cuisine. Je ne suis même pas sûr de l'étage. C'est comme dans ces rêves où je reviens dans l'immeuble où j'ai grandi, mais où tout a changé – la cage d'escalier, la disposition des murs, tout sauf le silence et l'absence de vie.
ENGLISH
I wait for someone to enter or leave, and slip in as soon as possible between two ageless, indifferent students. No guard, no cleaning lady stops me or demands, every few steps, that I justify my presence here. But all the way through, I walk these corridors with the feeling of being a gatecrasher, a stowaway doomed to expulsion and the harshest consequences. A smell of fresh paint still lingers in the silent hallways, as if someone had tried, before I arrived, to cover up what needed hiding, to erase even the most miserable traces left by a few people I once loved. I come across no one. I’ve forgotten the room numbers. I can’t find the kitchen. I’m not even sure which floor I’m on. It’s like in those dreams where I return to the building I grew up in, but everything has changed – the stairwell, the layout of the walls, everything except the silence and the absence of life.
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Voyeur (1)

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Dédale désert / Empty maze (1998)
FRANÇAIS
Je sonne à l’improviste chez Séverine qui m’ouvre sans préciser le numéro de son appartement. Je me perds dans le dédale de couloirs et d’escaliers déserts de sa résidence. Impression fugitive d’être dans la Quatrième dimension. J'y erre de longues minutes, de plus en plus fasciné par ces couloirs strictement identiques, aux portes identiques, où règne un silence absolu, où l'éclairage artificiel ne parvient pas totalement à dissiper la pénombre.
ENGLISH
I ring unexpectedly at Séverine's place, and she opens without specifying her apartment number. I get lost in the maze of deserted corridors and staircases of her building. A fleeting impression of being in The Twilight Zone. I wander there for many minutes, increasingly fascinated by these strictly identical corridors, with identical doors, where absolute silence reigns, and the artificial lighting fails to completely dispel the gloom.
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Pleinement attentif (2002) / Fully attentive (2002)
FRANÇAIS
Je me trompe dans un billet de bus que je prends. Le chauffeur m'accepte quand même et me dépose à un arrêt quelconque en ville. Les lieux évoquent Nancy mais aussi une ville où je serais de passage pour un stage ou un concours. Il y a une fête foraine, des attractions, des stands, en pleine rue ; ça ressemble aux abords d'une gare. Je marche longuement et finis par longer, sur un boulevard, un grand magasin, et je me dis que pour une fois je vais y entrer. Une fois dedans, j'aperçois à l'autre extrémité une place ou une rue avec une belle église très blanche, et je suis émerveillé parce que ça ressemble à un rêve que j'ai fait quelques mois auparavant (je n'ai évidemment pas conscience d'être à nouveau dans un rêve). Je la prends en photo avec mon téléphone. La beauté de l'église et du magasin lui-même me donnent envie de rester ou de revenir et d'y passer du temps, comme la fête foraine un peu plus tôt. Je ressens un plaisir à simplement « être ici », pleinement attentif au lieu où je me trouve.
ENGLISH
I take the wrong bus ticket. The driver lets me on anyway and drops me off at some random stop in the city. The place evokes Nancy, but also a town I might be passing through for an internship or an exam. There's a funfair, attractions, stands, right in the middle of the street – it feels like the area around a train station. I walk for a long time and eventually find myself on a boulevard, walking past a large department store. I think to myself that, for once, I’m going to go inside.
Once inside, I catch sight of a square or a street at the far end, with a beautiful, very white church – and I’m struck with wonder because it looks just like a dream I had a few months ago (though of course I’m not aware that I’m dreaming again). I take a photo of it with my phone. The beauty of the church and of the store itself makes me want to stay, or to come back and spend time here – just like the funfair did earlier. I feel a deep pleasure in simply being here, fully attentive to the place I’m in.
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Le plaisir de se perdre
FRANÇAIS
Écrit dans mon journal à l'époque :
« Je suis arrivé à Saint-Dizier alors qu'il faisait nuit depuis un bon moment. Je me suis garé sur un parking quelconque, au hasard. Cela m'arrangeait ; j'en ai profité pour me balader. J'avais longé, en arrivant, un parc donnant sur une grande muraille médiévale, qui cachait un château plus récent, et le tout paraissait vraiment incongru, juste après la voie rapide et la zone commerciale par laquelle j'étais arrivé. Il y avait peu de monde dans les rues. Beaucoup de vieilles pierres, de façades décrépies, de grilles et de portails, d'églises et de ruelles pavées, de palmiers qui donnaient, comme parfois à Nancy, l'impression de se trouver dans une ville du Sud, loin...
Je me suis enfoncé dans la ville, au hasard, ressentant un peu la même chose qu'à Toulouse, le jour où j'avais passé une journée seul à marcher dans les rues, me perdant dans des quartiers de plus en plus excentrés et anonymes, avec un vertige presque voluptueux, ou comme à chaque fois que j'ai été dans une situation similaire : le plaisir de se perdre, de découvrir des lieux – rues et ruelles, places, arrières-cours, jardins – et d'avancer sans cesse, au hasard, ouvert à toute éventualité, tout surgissement de l'inconnu... »
ENGLISH
Written in my diary back then :
"I arrived in Saint-Dizier well after nightfall. I parked in some random lot, without giving it much thought. That suited me just fine; I took the opportunity to wander around. On the way in, I had passed a park bordering a large medieval wall, which concealed a more recent château – and the whole thing felt strangely out of place, just beyond the expressway and commercial zone through which I had arrived. There were few people in the streets. Lots of old stones, crumbling facades, gates and railings, churches and cobbled alleys, and even palm trees that, like in Nancy sometimes, gave the impression of being in a southern city, far away...
I drifted deeper into the town, at random, feeling a little like I had in Toulouse, the day I spent wandering alone through the streets, getting lost in increasingly distant and anonymous neighborhoods, with a kind of almost voluptuous dizziness – or like every time I've found myself in a similar situation: the pleasure of getting lost, of discovering places – streets and alleys, squares, backyards, gardens – and of continuing to move forward, aimlessly, open to any possibility, any sudden emergence of the unknown..."
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Touriste du néant / Tourist of the void
FRANÇAIS
Je reviens hanter les couloirs et les cages d'escalier et, comme toujours, la petitesse, l'étroitesse des choses réelles, comparées aux paysages qu'elles font naître dans mon souvenir et dans mes fantasmes, me serre le cœur. J'aimerais être triste, ressentir de manière aiguë la séparation, l'exil, au lieu de ce sentiment vague et déplaisant d'être un touriste du néant, n'explorant que son propre sentiment de n'avoir plus rien à faire ici. Je note quelque part : « Le manque, c'est tout ce qu'il me reste ».
ENGLISH
I return to haunt the hallways and stairwells, and, as always, the smallness, the narrowness of real things – compared to the landscapes they give rise to in my memories and fantasies – tightens my chest. I wish I could feel sadness, truly feel the separation, the exile, instead of this vague and unpleasant sensation of being a tourist of the void, exploring nothing but my own feeling of no longer belonging here. I jot down somewhere: "Longing is all I have left".


























































