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Nancy

  • Brabois

    FRANÇAIS

    Il y eut un certain nombre de nuits où, ne supportant plus le silence, je m'habillais pour marcher jusqu'à la rue du Vivarais, où un ami avait mis son studio à ma disposition. Il régnait en permanence chez lui une odeur de poubelles en décomposition, de sueur et de jeunesse gâchée, passée dans la solitude. Retrouver cette odeur, visite après visite, était pour moi une hantise. Mais je venais pour y passer des moments secrets et clandestins, alors même que personne n'était à ma recherche ; des nuits d'alcool et de mauvais sommeil. Je hantais les salons de discussion à la recherche de quelqu'un, de n'importe qui, à qui parler, jusqu'à l'heure où il me fallait baisser les stores et dormir si je voulais échapper au spectacle de l'aube.

    La montée vers Brabois était sinueuse et raide comme un chemin de pèlerinage. Elle était interminable. Je l'empruntais guidé par cette croix immense et illuminée qui émerge des arbres, indiquant, perdue dans l'obscurité d'un parc, la chapelle Notre-Dame des Pauvres. En face de ce parc dormait dans l'ombre une grande école. Je la longeais, fasciné à chaque fois, sans savoir exactement pourquoi, imaginant des dortoirs obscurs et silencieux, des salles de bain glaciales. Un internat pour fantômes.

    ENGLISH

    There were a number of nights when, unable to bear the silence any longer, I would get dressed and walk to Rue du Vivarais, where a friend had let me use his studio. His place always smelled of rotting garbage, sweat, and wasted youth spent in solitude. That smell haunted me, visit after visit. But I came to spend secret, clandestine hours there – even though no one was actually looking for me; nights of alcohol and restless sleep. I haunted chat rooms, searching for someone – anyone – to talk to, until the moment came when I had to lower the blinds and sleep, if only to avoid witnessing the dawn.

    The climb toward Brabois was steep and winding, like a path of pilgrimage. It felt endless. I followed it, guided by that huge illuminated cross rising from the trees, marking – lost in the darkness of a park – the Chapel of Our Lady of the Poor. Opposite the park, a large school slumbered in the shadows. I would walk past it, fascinated every time, without knowing exactly why, imagining dark and silent dormitories, icy bathrooms. A boarding school for ghosts.

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  • Vieille femme aveugle / Blind old woman

    FRANÇAIS

    Au fond des jardins agonisants, il y a de vieilles maisons dont j'essaie, d'un coup d’œil furtif quand je les longe, de deviner ce que cachent plus qu'elles ne révèlent leurs fenêtres ternes, voilées comme des yeux de vieille femme aveugle. Je distingue à peine un cadre, une lampe. J’essaie d’imaginer quelle vie silencieuse et lente, répétitive, dans une demi-conscience et une demi-pénombre, peut y prendre place. Et ce que j’imagine m’attire sans que je ne sache pourquoi.

    ENGLISH

    At the bottom of the dying gardens, there are old houses whose dull windows, veiled like the eyes of a blind old woman, I try to guess – with a furtive glance as I walk past – what they hide more than what they reveal. I can barely make out a frame, a lamp. I try to imagine what silent, slow, repetitive life, lived in a half-consciousness and a half-gloom, might unfold there. And what I imagine draws me in without my knowing why.

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  • Séparation complète / Complete separation (1998)

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    FRANÇAIS

    Une boîte quelconque. Je suis assis à une longue table, au milieu d'inconnus indifférents, seuls et silencieux pour certains eux aussi. Les gens de mon âge qui dansent et poussent des cris, la musique assourdissante, les corps inaccessibles, le décalage et la séparation complète que je ressens entre les autres et moi, pour la première fois de ma vie, ne me font pas souffrir. Laetitia rentre avec moi, à l'improviste, et nous buvons des bières, moi sur le lit, elle assise à même le sol, éclairés par ma seule lampe de chevet. Elle monologue. Elle m'avoue une tentative de suicide dans son adolescence ainsi que de nombreux autres secrets heureux ou douloureux. Mais je ne l'écoute pas, et je la prends en photo.

    ENGLISH

    Some random club. I’m sitting at a long table, surrounded by indifferent strangers – some of them silent and alone too. People my age are dancing and shouting, the music is deafening, their bodies out of reach. And yet, for the first time in my life, the disconnect, the complete separation I feel between them and me doesn’t hurt. Laetitia comes home with me, unexpectedly, and we drink beers – me on the bed, her sitting directly on the floor, lit only by my bedside lamp. She monologues. She confesses a suicide attempt in her teenage years, along with many other happy or painful secrets. But I’m not listening. I’m taking her picture.

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  • Oudinot

    FRANÇAIS

    Immeubles Art Déco aux couleurs douces, pastel. On dirait des bonbons ou des pâtisseries. Par les fenêtres on peut voir des luminaires sphériques à la lumière faible et chaude. Un monde entier de douceur, de formes féminines. Les portes en fer forgé, ouvragées comme de la dentelle sur un déshabillé. Un univers de femmes. Je pense à ma grand-mère, à l'immeuble Art Déco dans lequel elle vivait seule et qu'elle avait réussi à remplir de bibelots et d'objets entassés au point que l'on ne pouvait plus y marcher qu'à travers d'étroits sentiers. À ses murs recouverts de reproductions de David Hamilton. À ma mère et ses quatre soeurs qui y avaient grandi. Là aussi, un univers de femmes.

    ENGLISH

    Art Deco buildings in soft, pastel hues – like candies or pastries. Through the windows, you can see spherical light fixtures casting a dim, warm glow. An entire world of softness, of feminine shapes. Wrought-iron doors, worked as delicately as lace on a slip. A universe of women. I think of my grandmother, of the Art Deco building where she lived alone, which she had managed to fill with trinkets and piled-up objects to the point that one could only move through it along narrow paths. Of her walls covered with reproductions of David Hamilton. Of my mother and her four sisters who had grown up there. There, too, a universe of women.

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  • Printemps

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  • Tumeur / Tumor

    FRANÇAIS

    Vieux crépis. Gris, noirci par la pollution, l'humidité. Murs bruns, terreux.

    Portes métalliques. Halls d'entrée obscurs, carrelage qui résonne. Métal, pierre, froid.

    Aux alentours de la rue de Rome : odeurs de graillon, de nourriture grasse, de friture. Souvenirs d'enfance réconfortants. Le take away asiatique rue de Mon-Désert.

    Vieux rideaux qui semblent opaques à force de crasse, de vieillesse. Lourds et qui m'évoquent ceux de la classe d'école quand j'étais enfant.

    La crasse et la grisaille des immeubles me font penser à Dark Water que j'avais vu à sa sortie, à l'UGC ou je ne sais où, et cette infiltration d'eau envahissante, angoissante, comme une tumeur psychique qui envahit peu à peu la vie quotidienne.

    ENGLISH

    Old plaster. Gray, blackened by pollution and humidity. Brown, earthy walls.

    Metal doors. Dark entryways, echoing tile floors. Metal, stone, cold.

    Around Rue de Rome: smells of grease, fatty food, frying. Comforting childhood memories. The Asian takeaway on Rue de Mon-Désert.

    Old curtains that seem opaque with grime and age. Heavy and that remind me of those in my school classroom when I was a child.

    The grime and grayness of the buildings remind me of Dark Water, which I saw when it came out, at the UGC theater or somewhere, and that invasive, frightening water infiltration, like a psychic tumor that gradually invades everyday life.

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  • Vrai visage / True face

    FRANÇAIS

    Elle et moi marchons de nuit, à peu près seuls dans les rues. La place Stanislas est entièrement et étrangement vide, silencieuse. L'éclairage jaunâtre qui baigne tout m'évoque la maladie, la vieillesse et la mort ; elle est le vrai visage de Nancy, une fois les touristes envolés et les lumières des cafés éteintes. À l'angle de la rue Vaudémont et de la rue des Maréchaux : un immeuble d'un jaune vif, étrangement oriental avec ses fenêtres étroites et voutées. Une seule d'entre elles, au tout dernier étage, laisse voir de la lumière. Qui vit ici ? Elle me reproche de ne pas être réellement avec elle ; de me promener seul, à côté d'elle. C'est la très exacte vérité. Plus tard dans la soirée je la photographie, qui marche loin devant moi, ayant renoncé à vivre ce moment ensemble ; et c'est comme si je documentais par avance ce que seront sa vie et la mienne dans quelques mois.

    ENGLISH

    She and I walk at night, more or less alone in the streets. Place Stanislas is entirely – and strangely – empty, silent. The yellowish light that bathes everything makes me think of illness, old age, and death; it is the true face of Nancy, once the tourists have gone and the café lights have been turned off. At the corner of Rue Vaudémont and Rue des Maréchaux stands a building of vivid yellow, strangely oriental, with its narrow, arched windows. Only one of them, on the very top floor, shows any light. Who lives here? She reproaches me for not truly being with her – for walking alone, beside her. It is the exact truth. Later that evening, I photograph her as she walks far ahead of me, having given up on living this moment together; and it is as though I were documenting in advance what her life and mine will be in a few months’ time.

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  • Ruines

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  • Euthanasie / Euthanasia

    FRANÇAIS

    Je vois un trajet sur des routes et des voies rapides, à travers le pare-brise, comme si je regardais un film. Ça ressemble autant à Nancy (et Lunéville) que Strasbourg ou Sarrebrück. Je suis ensuite dans mon appartement d'étudiant à Nancy. Je croise une voisine, qui a le visage totalement déformé par la maladie, monstrueux, comme celui de cette femme qui avait publiquement demandé au Président de pouvoir être euthanasiée.

    ENGLISH

    I see a journey along roads and highways, through the windshield, as if I were watching a movie. It looks as much like Nancy (and Lunéville) as it does Strasbourg or Saarbrücken. Then I'm in my student apartment in Nancy. I run into a neighbor whose face is completely disfigured by illness, monstrous – like that woman who publicly asked the President for the right to be euthanized.

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  • Crépis sale / Dirty stucco

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    FRANÇAIS

    Les façades noircies, les gouttières rouillées, les fenêtres rendues opaques par la crasse et le temps ; tout un monde de souillure qui m'affole, me met dans un état d'excitation presque érotique. Ma propre décomposition intérieure, explorable, sous la forme d'une ville.

    ENGLISH

    The blackened façades, the rusted gutters, the windows made opaque by grime and time; a whole world of filth that overwhelms me, puts me in a state of almost erotic excitement. My own inner decay, made tangible, explorable – in the form of a city.

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  • La vieille (1999) / The old woman (1999)

    FRANÇAIS

    Lydie et moi nous promenons dans le quartier paisible, endormi, qui surplombe le cimetière de Préville, et où le très beau et le très laid se côtoient d'une façon bizarrement harmonieuse, évidente. Des rues tortueuses et pentues. Quelques maisons Art Nouveau. Un parc. Tout cela est réconfortant, reposant. En rentrant je croise, juste devant mon immeuble, une vieille femme qui titube, la main sur la bouche. Nos yeux se rencontrent et je suis paralysé quelques instants par son regard halluciné, où se lit une horreur inexprimable et qui se communique immédiatement à moi, mais dont je ne comprends pas la raison. Comme dans l'un de ces rêves où l'on fuit en étant persuadé que chaque pas pèsera mille tonnes et que l'on échappera finalement pas au danger, je me vois franchir les quelques mètres qui me séparent de mon immeuble, et me réfugie à l'intérieur, presque tremblant ; je vois en refermant la porte qu'elle s'est retournée me regarde toujours, elle aussi, dans la même posture.

    ENGLISH

    Lydie and I walk through the peaceful, sleepy neighborhood overlooking the Préville cemetery, where the very beautiful and the very ugly strangely coexist in an obvious harmony. Winding, steep streets. A few Art Nouveau houses. A park. All of it is comforting, calming. On the way back, right in front of my building, I cross paths with an old woman who staggers, her hand over her mouth. Our eyes meet, and I am frozen for a few moments by her hallucinatory gaze, in which an unspeakable horror is written and immediately transmitted to me, though I don’t understand why. Like in one of those dreams where you run convinced that every step weighs a thousand tons and you will inevitably be caught by danger, I see myself crossing the few meters to my building and taking refuge inside, almost trembling; as I close the door, I see that she has turned around and is still watching me, in the same posture.

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  • Rue Drouin

    FRANÇAIS

    Je marche à la tombée de la nuit, aux abords de la rue Drouin. C'est l'hiver. Tout semble cotonneux, au ralenti. Je croise une sortie d'école. Quelques enfants et leurs parents, peu nombreux. Les couleurs chaudes, dans le bâtiment, dont la porte est ouverte, sont attirantes, comme une invitation à rentrer à la maison, à retomber en enfance.

    ENGLISH

    I walk at dusk, near Drouin Street. It's winter. Everything seems cottony, in slow motion. I pass a school gate. A few children and their parents, not many. The warm colors inside the building, whose door is open, are inviting, like an invitation to go home, to return to childhood.

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  • Errance (2015) / Wandering (2015)

    FRANÇAIS

    Ces derniers mois je suis retourné plusieurs fois, de jour comme de nuit, sur les lieux de mes études à l'université, de ma vie d'étudiant... Une errance obsessionnelle, triste, angoissée, dans ces lieux de ma jeunesse devenus morts, silencieux, effrayants. Il n'y a littéralement rien à voir là-bas et pourtant j'y retourne encore et encore, avec dégoût, peut-être précisément pour éprouver ce dégoût, pour me convaincre qu'il n'y a plus rien à y voir, pour parvenir à intégrer ce fait une bonne fois, pour faire mon deuil, comme disent les cuistres. Ou peut-être est-ce l'inverse, peut-être ne traîné-je aucune nostalgie d'époques plus vivantes, plus riches en événements et en rencontres ; peut-être reviens-je sur ces lieux pour les voir enfin morts, enfin vides, débarrassés de tout le théâtre poussif que l'on nomme une vie. Dans leur vérité nue, la vérité du néant.

    ENGLISH

    These past months, I’ve returned several times – by day and by night – to the places where I studied, where I lived as a student… An obsessive, sad, anxious wandering through the sites of my youth, now dead, silent, frightening. There is literally nothing to see there, and yet I keep going back, again and again, with a kind of disgust – perhaps precisely to feel that disgust, to convince myself there is truly nothing left to see, to finally take that in, to grieve, as the pedants say.

    Or maybe it’s the opposite. Maybe I don’t carry any nostalgia for livelier times, for days richer in events and encounters; maybe I return to these places to finally see them dead, truly empty, stripped of all the clumsy theater we call a life. To see them in their naked truth – the truth of nothingness.

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  • Grisaille

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  • Passager clandestin (2005) / Stowaway (2005)

    FRANÇAIS

    J'attends que quelqu'un entre ou sorte, et me faufile dès que possible entre deux étudiants sans âge, indifférents. Aucun gardien, aucune femme de ménage ne m'arrête ou ne vient exiger tous les trois pas que je justifie ma présence ici. Mais jusqu'au bout je marcherai dans ces couloirs avec le sentiment d'être un resquilleur, un passager clandestin voué à l'expulsion et aux plus sévères poursuites. Une odeur de peinture fraîche plane encore dans les couloirs silencieux, comme si l'on avait voulu, avant mon arrivée, masquer ce qui restait à masquer, effacer les traces même les plus misérables du passage ici de quelques personnes que j'ai aimées. Je ne croise personne. J'ai oublié les numéros des chambres. Je ne retrouve pas la cuisine. Je ne suis même pas sûr de l'étage. C'est comme dans ces rêves où je reviens dans l'immeuble où j'ai grandi, mais où tout a changé – la cage d'escalier, la disposition des murs, tout sauf le silence et l'absence de vie.

    ENGLISH

    I wait for someone to enter or leave, and slip in as soon as possible between two ageless, indifferent students. No guard, no cleaning lady stops me or demands, every few steps, that I justify my presence here. But all the way through, I walk these corridors with the feeling of being a gatecrasher, a stowaway doomed to expulsion and the harshest consequences. A smell of fresh paint still lingers in the silent hallways, as if someone had tried, before I arrived, to cover up what needed hiding, to erase even the most miserable traces left by a few people I once loved. I come across no one. I’ve forgotten the room numbers. I can’t find the kitchen. I’m not even sure which floor I’m on. It’s like in those dreams where I return to the building I grew up in, but everything has changed – the stairwell, the layout of the walls, everything except the silence and the absence of life.

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  • Dédale désert / Empty maze (1998)

    FRANÇAIS

    Je sonne à l’improviste chez Séverine qui m’ouvre sans préciser le numéro de son appartement. Je me perds dans le dédale de couloirs et d’escaliers déserts de sa résidence. Impression fugitive d’être dans la Quatrième dimension. J'y erre de longues minutes, de plus en plus fasciné par ces couloirs strictement identiques, aux portes identiques, où règne un silence absolu, où l'éclairage artificiel ne parvient pas totalement à dissiper la pénombre.

    ENGLISH

    I ring unexpectedly at Séverine's place, and she opens without specifying her apartment number. I get lost in the maze of deserted corridors and staircases of her building. A fleeting impression of being in The Twilight Zone. I wander there for many minutes, increasingly fascinated by these strictly identical corridors, with identical doors, where absolute silence reigns, and the artificial lighting fails to completely dispel the gloom.

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  • Pleinement attentif (2002) / Fully attentive (2002)

    FRANÇAIS

    Je me trompe dans un billet de bus que je prends. Le chauffeur m'accepte quand même et me dépose à un arrêt quelconque en ville. Les lieux évoquent Nancy mais aussi une ville où je serais de passage pour un stage ou un concours. Il y a une fête foraine, des attractions, des stands, en pleine rue ; ça ressemble aux abords d'une gare. Je marche longuement et finis par longer, sur un boulevard, un grand magasin, et je me dis que pour une fois je vais y entrer. Une fois dedans, j'aperçois à l'autre extrémité une place ou une rue avec une belle église très blanche, et je suis émerveillé parce que ça ressemble à un rêve que j'ai fait quelques mois auparavant (je n'ai évidemment pas conscience d'être à nouveau dans un rêve). Je la prends en photo avec mon téléphone. La beauté de l'église et du magasin lui-même me donnent envie de rester ou de revenir et d'y passer du temps, comme la fête foraine un peu plus tôt. Je ressens un plaisir à simplement « être ici », pleinement attentif au lieu où je me trouve.

    ENGLISH

    I take the wrong bus ticket. The driver lets me on anyway and drops me off at some random stop in the city. The place evokes Nancy, but also a town I might be passing through for an internship or an exam. There's a funfair, attractions, stands, right in the middle of the street – it feels like the area around a train station. I walk for a long time and eventually find myself on a boulevard, walking past a large department store. I think to myself that, for once, I’m going to go inside.

    Once inside, I catch sight of a square or a street at the far end, with a beautiful, very white church – and I’m struck with wonder because it looks just like a dream I had a few months ago (though of course I’m not aware that I’m dreaming again). I take a photo of it with my phone. The beauty of the church and of the store itself makes me want to stay, or to come back and spend time here – just like the funfair did earlier. I feel a deep pleasure in simply being here, fully attentive to the place I’m in.

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  • Touriste du néant / Tourist of the void

    FRANÇAIS

    Je reviens hanter les couloirs et les cages d'escalier et, comme toujours, la petitesse, l'étroitesse des choses réelles, comparées aux paysages qu'elles font naître dans mon souvenir et dans mes fantasmes, me serre le cœur. J'aimerais être triste, ressentir de manière aiguë la séparation, l'exil, au lieu de ce sentiment vague et déplaisant d'être un touriste du néant, n'explorant que son propre sentiment de n'avoir plus rien à faire ici. Je note quelque part : « Le manque, c'est tout ce qu'il me reste ».

    ENGLISH

    I return to haunt the hallways and stairwells, and, as always, the smallness, the narrowness of real things – compared to the landscapes they give rise to in my memories and fantasies – tightens my chest. I wish I could feel sadness, truly feel the separation, the exile, instead of this vague and unpleasant sensation of being a tourist of the void, exploring nothing but my own feeling of no longer belonging here. I jot down somewhere: "Longing is all I have left".

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  • Aucun contact humain direct / Without any direct human

    FRANÇAIS

    Salles informatiques. Solitude au milieu des autres. Chacun est seul. Des salles crûment éclairées ou au contraire obscures, où chacun pouvait, au milieu des autres, et dans leur chaleur, sans aucun contact humain direct avec eux, se plonger dans ses rêves.

    ENGLISH

    Computer rooms. Solitude among others. Everyone is alone. Rooms with harsh lighting or, conversely, dim lighting, where everyone could immerse themselves in their dreams, surrounded by others and their warmth, without any direct human contact with them.

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  • Grisaille

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    « Tout n'est que syphilis. »

    « All is syphilis. »

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  • Attention

    FRANÇAIS

    Hier soir, dîner chez Christophe et Emanuele. Je suis passé non pas par la voie rapide habituelle mais par la route de Dieuze que j'avais déjà prise il y a quelques mois pour aller explorer Château-Salins. Elle a l’avantage de ne passer par rien d’autre que des villages et des départementales, en contournant entièrement Nancy, pour la même durée de trajet. Je suis passé par Moyen-Vic, qui m'a plongé dans un état d'extase esthétique incrédule tant son état de délabrement et l'architecture vieillotte de certaines maisons – de vieux immeubles et des maisons de ville mitoyens sur des dizaines de mètres, mais aussi des espèces de chalets en bois sortis des années 70 – me paraissaient une sorte de cauchemar merveilleusement attirant, comme dans certains rêves que j’ai fait ces dernières années.

    J'ai eu une expérience similaire dans Nancy, après que nous nous soyons garés dans une rue perpendiculaire à la rue Anatole France – cette rue qui monte vers un bâtiment qui ressemble à un vieil hôpital et où l'on s'était déjà promené en 2022. Il faisait déjà nuit, il n’y avait pas de passants, pas de voiture, tout était agréable et paisible ; les réverbères baignaient la rue de leur lumière artificielle, qui rend tout un peu étrange. C'est une rue ou les immeubles Art Déco, les maisons de ville, les hôtels particuliers et les énormes immeubles HLM brutalistes cohabitent, se jouxtent, sans logique, sans cohérence. Il y avait des vélos garés, des bulles à verre, des fenêtres illuminées à travers lesquelles on pouvait voir des gens dans leur salon ou leur cuisine. C’était incroyablement réel. Un moment de vie réelle, un morceau du monde réel. Je me suis dit « Je suis à Nancy » comme si ce n’était pas une évidence ou quelque chose de banal. Comme on se le dirait dans un rêve, avec une légère incrédulité, avec cette sensation où se mêlent un sentiment d'hyperréalité et de totale étrangeté à la fois ; avec ce mélange d’attention décuplée et d’impression de rêver.

    Parce que c’est ça la question majeure : l’attention. Dans les rêves l'attention est beaucoup plus grande, paradoxalement, qu'à l'état de veille ; nous dormons en réalité à l'état de veille, nous fonctionnons en pilotage automatique, inattentifs à ce qui nous entoure et que nous avons déjà vu mille fois : telle rue, tel objet. Et nous vivons réellement dans notre sommeil, là où tout paraît neuf et étonnant, beau ou laid, réconfortant ou effrayant, ou simplement présent et bien réel, face à nous.

    ENGLISH

    Last night, dinner at Christophe and Emanuele’s. I didn’t take the usual expressway but instead went by the Dieuze road, the one I’d already taken a few months ago to explore Château-Salins. It has the advantage of passing through nothing but villages and small departmental roads, completely bypassing Nancy, yet taking just as long. I went through Moyen-Vic, which sent me into a kind of incredulous aesthetic rapture, so dilapidated were some of its old houses and apartment buildings – long rows of adjoining townhouses, but also these strange wooden chalets straight out of the 1970s – all of it forming a sort of wonderfully enticing nightmare, like in certain dreams I’ve had in recent years.

    I had a similar experience in Nancy, after we parked the car in a street perpendicular to Rue Anatole France – that street that climbs toward a building resembling an old hospital, where we had already walked in 2022. It was already dark; there were no passersby, no cars, everything was calm and pleasant. The streetlights bathed everything in their artificial glow, making it all slightly unreal. It’s a street where Art Deco buildings, townhouses, private mansions, and massive brutalist housing blocks coexist, side by side, with no logic, no coherence. There were bicycles parked, recycling bins, and illuminated windows through which one could see people in their living rooms or kitchens. It was incredibly real – a moment of real life, a fragment of the real world. I said to myself, "I’m in Nancy", as though it weren’t obvious or banal – as though one might say it in a dream, with a touch of disbelief, with that feeling where hyperreality and utter strangeness mingle; that mix of heightened attention and the sensation of dreaming.

    Because that’s really the central question: attention. In dreams, attention is paradoxically much sharper than in waking life; in truth, it’s when awake that we sleep – moving through the world on autopilot, inattentive to what surrounds us, to what we’ve already seen a thousand times: a certain street, a certain object. And we truly live in our sleep, where everything seems new and astonishing, beautiful or ugly, comforting or frightening, or simply present, vividly real, right before us.

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  • Silhouettes indistinctes / Indistinct figures (2006)

    FRANÇAIS

    Elle vivait dans un immeuble étroit, avenue de la Libération, qui jouxtait un squat et des maisons bourgeoises terrées au fond de parcs impénétrables. Une zone floue, accablée de voitures jour et nuit. La cage d'escalier était déserte à toute heure. Ses portes auraient tout aussi bien pu n'ouvrir que sur des logements déserts, des tombeaux. Des photos d'elle, nue, en noir et blanc, décoraient le couloir d'entrée. Je me souviens de sa chambre plongée dans le noir, et de l'immense miroir qui couvrait toute la penderie, auquel nous faisions face et où nous regardions nos silhouettes indistinctes faire l'amour sur le lit. Une petite radio diffusait du Chopin en sourdine, dans la salle de bain vieillotte et mal éclairée, avec son carrelage douteux et sa baignoire d'un autre siècle. Il y planait une odeur d'humidité et de vieux murs, mélangée à celle de l'encens et des bougies. C'était l'odeur de Nancy, une odeur de vieillesse immémoriale de solitude, d'inconfort, c'était celle de ma jeunesse, et je l'aimais.

    ENGLISH

    She lived in a narrow apartment building on Avenue de la Libération, nestled between a squat and bourgeois houses hidden deep within impenetrable gardens. A blurry zone, choked with cars day and night. The stairwell was deserted at all hours. Its doors might as well have opened onto empty apartments or tombs. Black-and-white nude photos of her adorned the entrance hallway. I remember her room plunged in darkness, and the huge mirror that covered the wardrobe, which we faced, watching our indistinct silhouettes making love on the bed. A small radio played Chopin softly in the background, in the old, dimly lit bathroom, with its dubious tiles and a bathtub from another century. There was a scent of damp and old walls hanging in the air, mixed with incense and candle wax. It was the smell of Nancy – a scent of ancient age, solitude, discomfort – it was the scent of my youth, and I loved it.

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  • Spotlights

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    FRANÇAIS

    L'odeur d'humidité et de cave, mêlée à celle de la machine à fumer ; l'odeur magique, disparue, des cigarettes, mêlée à celle de la bière qui flotte dans l'air ; la chaleur des corps et des spotlights ; Joy Division, The Cure, Dead Can Dance, Cocteau Twins, à un volume assourdissant.

    ENGLISH

    The smell of dampness and cellar, mixed with that of the smoke machine; the magical, vanished scent of cigarettes, mingled with the beer floating in the air; the warmth of bodies and spotlights; Joy Division, The Cure, Dead Can Dance, Cocteau Twins, at a deafening volume.

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  • Rentrée 1999

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    FRANÇAIS

    Je scanne pour la première fois les négatifs de ma jeunesse, ces jours-ci, et non seulement je découvre des photos que je n'avais jamais fait développer mais je redécouvre, et c'est presque tout aussi frappant, des photos que jusqu'ici je ne voyais plus que via des scans d'assez mauvaise qualité faits au début des années 2000 et dont je m'étais contenté jusque là.

    Le passage du temps équivaut normalement à la perte d'information, que ce soit en perte de qualité, ou par la perte, au sens propre, du document lui-même. Ici, curieusement, j'ai à quarante-cinq ans le privilège de voir pour la première fois des traces en haute définition de mon propre passé – de la même manière qu'après toute une vie de visionnages à la télé, sur VHS ou sur des DVD mal encodés, je découvre aujourd'hui certains vieux films qui ont compté pour moi avec une image absolument parfaite, comme s'ils venaient de sortir au cinéma.

    Et que dire des archives filmiques du début du XXè siècle auxquels l'IA donne une nouvelle propreté, une fluidité de mouvement qui ressuscite tout ce qu'elles montrent ? 

    Cette rentrée 99 avait commencé très studieusement par un après-midi à fumer des joints dans cet immeuble délabré de la rue du Placieux, où il ne fallait pas s'appuyer à la rambarde, dans l'escalier, car elle était sur le point de se détacher ; j'en avais le vertige et j'en ai rêvé un certain nombre de fois, sous diverses formes.

    1) Avec David et sa copine, et plein de goths devant un immeuble banal. On attend le début d'une soirée. Les portes finissent par s'ouvrir et tout le gens s'en vont, d'un coup. Je les sens partir plus que je ne les vois : j'ai les yeux rivés sur la cage d'escalier de l'immeuble, qui tangue comme s'il y avait un tremblement de terre.

    2)  Je dois aller dans un appartement HLM avec un orchestre classique pour animer une soirée chez un particulier. J'ai du mal à trouver l'appartement, les numéros ne correspondent pas, les HLM sont d'horribles cages d'escaliers sales au-delà des mots, vieilles, taguées, pas éclairées... Nous finissons par nous retrouver dans un appartement mais je réalise que ce n'est pas le bon. Il n'y a personne dedans. Pendant que l'orchestre joue, je ressors à la recherche du bon numéro. C'est encore pire qu'avant, il y a des parties en ruines où l'on ne peut plus monter, des bouts de rambarde manquants, et toujours personne.

    3) Je descends un escalier, probablement à la fac ou dans un endroit du genre. La cage d'escalier en elle-même est immense, et les escaliers, qui longent les quatre murs, sont étroits. Les murs sont nus. Aucun décor ni portes, on est comme dans un silo rectangulaire. À un moment donné, en plein milieu d'un « étage », les marches s'arrêtent, donnant sur le vide. Cette seule vision me donne le vertige et m'emplit d'une angoisse autant morale que physique. Avec difficulté, au ralenti, je rebrousse chemin, pour constater que derrière moi, l'escalier a changé ; il est encore plus étroit et semble effondré, voire fondu, formant par moment une simple plateforme de métal et de pierre mêlées, sur lequel je dois ramper pour remonter.

    J'avais sympathisé avec Laetitia je ne sais plus comment, par un autre après-midi à errer en suivant plus ou moins passivement d'autres étudiants affairés à quelque chose (des courses ? un travail pour la fac ?) dans le quartier où elle vivait, aux abords du Monoprix de Villers-lès-Nancy, ce cube de béton, soviétoïde, posé là comme un vaisseau extraterrestre ou une Kaaba dédiée au dieu de la consommation. Tout le quartier était gris, bétonné, adorable.

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    Elle vivait dans un chaos indescriptible, le contenu de ses armoires et de ses tiroirs presque constamment vidé au sol ou sur le lit, comme si après un cambriolage elle avait décidé d'en rester là.

    ENGLISH

    These days, I’m scanning the negatives from my youth for the first time. Not only am I discovering photos I never had developed, but I’m also rediscovering – almost just as strikingly – photos I had only seen through low-quality scans made in the early 2000s, which I had been content with until now.

    Normally, the passage of time means the loss of information – whether in terms of image quality or through the actual loss of the document itself. But here, curiously, at forty-five years old, I have the privilege of seeing high-definition traces of my own past for the first time – just like when, after a lifetime of watching movies on TV, on VHS, or poorly encoded DVDs, I now discover some of the old films that mattered to me with a flawless image, as if they had just premiered in cinemas.

    And what can be said about early 20th-century film archives, now given new clarity and fluid motion by AI – resurrecting everything they depict?

    That fall of ’99 began very studiously with an afternoon spent smoking joints in that dilapidated building on rue du Placieux, where you couldn’t lean on the stair railing – it was about to come loose. I felt dizzy just looking at it, and I’ve dreamed of that staircase many times since, in various forms:

    1) With David and his girlfriend, and a bunch of goths standing in front of an ordinary apartment building. We're waiting for a party to start. Eventually, the doors open and everyone suddenly leaves. I feel their departure more than I see it: my eyes are fixed on the building’s staircase, which sways as if in an earthquake.

    2) I’m supposed to go to a housing project apartment with a classical orchestra to play at someone’s private party. I struggle to find the right apartment – none of the numbers match. The buildings are horrid: stairwells beyond filthy, ancient, graffitied, dark... We end up in one apartment, but I realize it’s the wrong one. No one’s inside. While the orchestra plays, I head back out in search of the right place. It’s even worse than before – some areas are in ruins, inaccessible, sections of railing missing, and still no one around.

    3) I’m descending a staircase – probably at the university or somewhere similar. The stairwell itself is enormous, with narrow stairs running along the four walls. The walls are bare. No decoration, no doors – we’re inside something like a rectangular silo. At some point, halfway through a « floor » the stairs just stop, giving way to empty space. The sight alone fills me with vertigo and a dread that’s both moral and physical. Slowly, with difficulty, I try to go back, only to find the stairs behind me have changed: they’re even narrower and seem to have collapsed – or melted – forming, at times, just a platform of mixed stone and metal I have to crawl across to get back up.

    I became friends with Laetitia – I no longer remember how – during another afternoon spent wandering, more or less passively following some other students who were busy with something (shopping? a university project?) in the neighborhood where she lived, near the Monoprix in Villers-lès-Nancy: that brutalist concrete cube, Soviet-esque, dropped there like an alien spaceship or a Kaaba devoted to the god of consumerism. The whole neighborhood was grey, full of concrete – and utterly charming.

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    She lived in indescribable chaos: the contents of her drawers and cupboards were almost always strewn across the floor or the bed, as if, after a burglary, she’d simply decided to leave things that way.

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  • Appartement secret / Secret appartment

    FRANÇAIS

    Une fête foraine, un soir d'été. Je m'y balade, accompagné, avec mon appareil photo. Ensuite, je suis avec ma collègue Éliane, à qui je dis que j'ai un appartement secondaire et secret, dans un village à la campagne, quelque part en Lorraine – peut-être sur la route entre Nancy et Blâmont. Sensation de nuit, de protection, de sérénité, lié à cet appartement secret où je peux me cacher et me ressourcer si j'ai besoin de m'y rendre, en pleine nuit.

    ENGLISH

    A funfair on a summer evening. I'm walking around with my camera, accompanied by someone. Then I'm with my colleague, to whom I say that I have a secret second home in a village in the countryside, somewhere in Lorraine – perhaps on the road between Nancy and Blâmont. A feeling of night, of protection, of serenity, linked to this secret home where I can hide and recharge my batteries if I need to go there in the middle of the night.

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