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Errance (2015) / Wandering (2015)
FRANÇAIS
Ces derniers mois je suis retourné plusieurs fois, de jour comme de nuit, sur les lieux de mes études à l'université, de ma vie d'étudiant... Une errance obsessionnelle, triste, angoissée, dans ces lieux de ma jeunesse devenus morts, silencieux, effrayants. Il n'y a littéralement rien à voir là-bas et pourtant j'y retourne encore et encore, avec dégoût, peut-être précisément pour éprouver ce dégoût, pour me convaincre qu'il n'y a plus rien à y voir, pour parvenir à intégrer ce fait une bonne fois, pour faire mon deuil, comme disent les cuistres. Ou peut-être est-ce l'inverse, peut-être ne traîné-je aucune nostalgie d'époques plus vivantes, plus riches en événements et en rencontres ; peut-être reviens-je sur ces lieux pour les voir enfin morts, enfin vides, débarrassés de tout le théâtre poussif que l'on nomme une vie. Dans leur vérité nue, la vérité du néant.
ENGLISH
These past months, I’ve returned several times – by day and by night – to the places where I studied, where I lived as a student… An obsessive, sorrowful, anxious wandering through the sites of my youth, now dead, silent, frightening. There is literally nothing to see there, and yet I keep going back, again and again, with a kind of disgust – perhaps precisely to feel that disgust, to convince myself there is truly nothing left to see, to finally take that in, to grieve, as the pedants say.
Or maybe it’s the opposite. Maybe I don’t carry any nostalgia for livelier times, for days richer in events and encounters; maybe I return to these places to finally see them dead, truly empty, stripped of all the clumsy theater we call a life. To see them in their naked truth – the truth of nothingness.
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Grisaille
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Voyeur (2)
FRANÇAIS
J'habite un tout petit appartement ou studio, mais par un réseau d'escaliers, mon étage communique directement avec tous les autres appartements des étages, et je peux visiter les cuisines, les salons, les chambres. Il n'y a personne dans l'immeuble, tout est dans l'obscurité – je me sens bien, en intrus, en voyeur, en voleur potentiel.
ENGLISH
I live in a tiny apartment or studio, but through a network of staircases, my floor connects directly to all the other apartments in the building. I can wander through the kitchens, living rooms, bedrooms. There’s no one in the building – everything is dark. I feel good, like an intruder, a voyeur, a potential thief.
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Passager clandestin (2005) / Stowaway (2005)
FRANÇAIS
J'attends que quelqu'un entre ou sorte, et me faufile dès que possible entre deux étudiants sans âge, indifférents. Aucun gardien, aucune femme de ménage ne m'arrête ou ne vient exiger tous les trois pas que je justifie ma présence ici. Mais jusqu'au bout je marcherai dans ces couloirs avec le sentiment d'être un resquilleur, un passager clandestin voué à l'expulsion et aux plus sévères poursuites. Une odeur peinture fraîche plane encore dans les couloirs silencieux, comme si l'on avait voulu, avant mon arrivée, masquer ce qui restait à masquer, effacer les traces même les plus misérables du passage ici de quelques personnes que j'ai aimées. Je ne croise personne. J'ai oublié les numéros des chambres. Je ne retrouve pas la cuisine. Je ne suis même pas sûr de l'étage. C'est comme dans ces rêves où je reviens dans l'immeuble où j'ai grandi, mais où tout a changé – la cage d'escalier, la disposition des murs, tout sauf le silence et l'absence de vie.
ENGLISH
I wait for someone to enter or leave, and slip in as soon as possible between two ageless, indifferent students. No guard, no cleaning lady stops me or demands, every few steps, that I justify my presence here. But all the way through, I walk these corridors with the feeling of being a gatecrasher, a stowaway doomed to expulsion and the harshest consequences. A smell of fresh paint still lingers in the silent hallways, as if someone had tried, before I arrived, to cover up what needed hiding, to erase even the most miserable traces left by a few people I once loved. I come across no one. I’ve forgotten the room numbers. I can’t find the kitchen. I’m not even sure which floor I’m on. It’s like in those dreams where I return to the building I grew up in, but everything has changed – the stairwell, the layout of the walls, everything except the silence and the absence of life.