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  • Down the dark streets, the houses looked the same

    FRANÇAIS

    J'ai fait d'innombrables balades dans le quartier, par des matinées solitaires, adolescent, au lieu d’aller en cours. Avec le ciel gris, la solitude et Joy Division sur les oreilles. "Down the dark streets, the houses looked the same". C'est une expérience du vide qui m'a marqué pour toujours et que je peux me rappeler à volonté. Le vide de la vie ; l'intuition adolescente, incroyablement puissante et dénuée du moindre doute, que le monde est vide, qu'on y erre et qu'il n'y a rien d'autre à en attendre, que l'existence est sans objet, qu'aucun événement, aucune rencontre, que rien n'arrivera jamais en réalité. Intuition dont je n'ai jamais réussi à me délivrer. Si ce n'est – dans mes bons jours – au moyen de la Foi, qui redonne au monde une réalité qu'il avait perdu ou qu'il n'a pas par lui-même.

    ENGLISH

    I've taken countless walks around the neighbourhood on lonely mornings as a teenager instead of going to school. With grey skies, loneliness and Joy Division on my ears. "Down the dark streets, the houses looked the same". It's an experience of emptiness that has stayed with me forever and that I can recall at will. The emptiness of life; the incredibly powerful and undoubtedly adolescent intuition that the world is empty, that one wanders in it and that there is nothing else to look forward to, that existence is purposeless, that no events, no encounters, that nothing will ever actually happen. An intuition from which I have never been able to free myself. Except – on my good days – by means of Faith, which gives back to the world a reality it had lost or does not have by itself.

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  • Montmartre '70

    Montmartre.jpg

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  • Intra-utérin / Intrauterine

    FRANÇAIS

    Les collégiens de la rue Maizières retrouvent leurs parents et les rues sont chargées de voitures, pleine de vies, comme des veines parcourues par un sang chaud et riche. Je n'entends rien de précis autour de moi qu'un brouhaha reposant, intra-utérin. Par les fenêtres de l'établissement l'on voit des salles de classe, vides mais encore éclairées, et qu'on imagine encore chaudes des corps des élèves. Je m'immerge dans la vie des autres, de ceux qui vivent là, ce ceux qui vivent tout court, et j'imagine leurs existences, je les rêve lentes, répétitives, somnolentes et douces, infiniment banales et rassurantes.

    ENGLISH

    The middle school students on Rue Maizières reunite with their parents, and the streets are filled with cars, full of life, like veins coursing with warm, rich blood. I hear nothing specific around me but a soothing, intrauterine hubbub. Through the windows of the school, I can see classrooms, empty but still lit, which I imagine are still warm from the bodies of the students. I immerse myself in the lives of others, those who live there, those who simply live, and I imagine their existences, dreaming them to be slow, repetitive, sleepy and gentle, infinitely normal and reassuring.

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  • Ville intérieure / Inner city

    FRANÇAIS

    Je flirte dans une cage d'escalier avec N. et nous descendons dans un bar / boîte de nuit au sous-sol de l'immeuble dans lequel nous nous trouvons. Il fait agréablement sombre, avec des éclairages artificiels, une ambiance élégante, urbaine. Je réalise ensuite que cet immeuble contient d'autres lieux publics, des commerces, etc. Il est une véritable ville intérieure.

    ENGLISH

    I flirt in a stairwell with N. and we go down to a bar / nightclub in the basement of the building we're in. It's pleasantly dark, with artificial lighting, an elegant, urban ambience. Then I realize that this building contains other public places, shops and so on. It's a veritable inner city.

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  • Trajets de nuit / Night routes

    FRANÇAIS

    J'ai eu pendant quelques mois, vers trente ans, une curieuse habitude, née de l'angoisse, de l'insomnie et de la solitude ; celle de faire de nombreux trajets en voiture, de nuit, roulant au hasard dans la campagne, avec une destination choisie au hasard mais toujours lointaine et encore inconnue, dans le but très précis de me sentir perdu, de me sentir loin, de me sentir au milieu de nulle part, seul, dans l'obscurité et la lumière froide de la lune, roulant vers un lieu où personne ne m'attendait et où je n'avais rien à faire. 

    Maintenant que j'y pense, peut-être était-ce une façon d'acter ce qui était ma situation dans la vie en général, et en quelque sorte de le mimer : être seul, être perdu, être dans le noir. Avancer vers un but inconnu et hasardeux, dont je savais par avance que je n'y trouverais rien.

    ENGLISH

    For a few months, when I was about thirty years old, I had a curious habit, born from anxiety, insomnia and loneliness; that of making many trips by car, at night, driving at random in the countryside, with a destination chosen at random but always far away and still unknown, with the very precise aim of feeling lost, of feeling far away, of feeling in the middle of nowhere, alone, in the darkness and the cold light of the moon, driving towards a place where nobody was waiting for me and where I had nothing to do.

    Now that I think about it, maybe it was a way to act out what was my situation in life in general, and in a way to mimic it: being alone, being lost, being in the dark. Moving towards an unknown and hazardous goal, which I knew in advance I would not find.

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  • Voyeur (3)

    FRANÇAIS

    Balade dans les rues, la nuit, à Nancy. Des maisons anciennes, des grilles, des massifs de fleurs. Devant l'une de ces maisons je m'arrête et regarde Florence – censée y habiter – par la fenêtre, ou à travers la grille quand elle est dans son jardin). Je sais qu'elle sait que je l'épie. Je ne fais rien pour me cacher, et ne la salue pas non plus. Elle-même ne vient pas à moi. Ces moments où je l'épie semble faire partie de notre relation ; de ses non-dits.

    ENGLISH

    A stroll through the streets of Nancy at night. Old houses, iron gates, flower beds. In front of one of these houses, I stop and watch Florence – who is supposed to live there – through the window, or through the gate when she’s in her garden. I know she knows I’m watching her. I make no effort to hide, nor do I greet her. She doesn’t come to me either. These moments when I watch her seem to be part of our relationship; part of what remains unsaid.

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